La « guerre des forêts » et la lutte pour les biens communs – Page 1 | Mediapart

Il avait fallu 25 ans pour traduire en français le maître-ouvrage de l'historien britannique Edward P. Thompson (1923-1993), La Formation de la classe ouvrière anglaise, qui avait pourtant constitué une rupture décisive dans la manière de faire de l'Histoire.

Il en aura fallu encore plus pour que paraisse un condensé en français de Whigs and Hunters. The Origin of the Black Act, initialement publié en 1975. Il est commenté par l'historien Philippe Minard, qui dirige également la collection “Futurs antérieurs”, aux éditions La Découverte, dont l'objectif est de faire « découvrir des travaux d'histoire et de sciences sociales souvent évoqués comme des références majeures par les spécialistes, mais qui demeurent mal connus, faute de traduction », choisis pour leur « résonance avec les enjeux politiques contemporains ».

En 1723, le parlement anglais adopte une loi terrible, le Black Act, qui punit de pendaison le braconnage des cerfs dans les forêts royales et les parcs seigneuriaux, puis étend la peine de mort au simple fait de venir y ramasser du bois ou de la tourbe. L'atteinte à la propriété est ainsi criminalisée à l'extrême et la loi ne sera abrogée qu'un siècle plus tard, en 1827.

Edward P. Thompson était à la fois un historien, un sociologue radical et un penseur socialiste, attaché à montrer les expériences vécues par les contemporains de la « révolution industrielle » (tisserands, luddites, travailleurs agricoles, employés des grandes manufactures, artisans utopistes…) ayant comme visée d’exhumer des pans négligés de l’histoire du prolétariat anglais pour éviter aux « vaincus de l’histoire » ce qu’il nomme « l'immense condescendance de la postérité ».

Les vaincus magnifiques décrits dans ce livre sont les Blacks : des paysans qui furent les premiers à protester contre le système des “enclosures” et de l'appropriation des terres. Une histoire qui permet donc de repenser le partage entre appropriation privée et socialisation des ressources à l'heure de l'enjeu majeur de la définition et de la répartition des biens communs…

Edward. P. Thompson. La Guerre des forêts. Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle (traduction abrégée de l'ouvrage Whigs and Hunters : The Origin of the Black Act). Traduit par Christophe Jaquet. Présenté et commenté par Philippe Minard. Éditions La Découverte, collection Futurs antérieurs, 196 pages. 15 euros.

via www.mediapart.fr

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