De Socrate à Assange : poser des questions, le procès permanent contre l’obligation de se justifier

Qui n'entend ces discoureurs omniprésents pour faire valoir auprès de nous l'affirmation de "l'existence de valeurs occidentales", et, que cela soit implicite ou explicite, à ces cultures antiques, grecques, romaines ? Et pas un livre, pas une encyclopédie, qui n'insiste sur l'existence et l'action, durable, de ce Socrate, athénien. Mais qu'est-ce qui, dans cette action, fut essentiel, dominant, transmis ? Précisément : Socrate fut un homme de questions, là où tant les ignorent ou les récusent. Et ces, ses, questions, n'étaient ni essentialistes (sans rapport avec le temps), ni généralistes (comme avec une pensée abstraite). C'est par et pour son époque qu'il posait, posa, un certain nombre de questions à ses contemporains. La fameuse question du "Bien" peut paraître abstraite et métaphysique, mais en fait, la réflexion découvre qu'elle est, au contraire, au principe et dans la finalité même, de la cité, dans toutes ses prétentions. Mais la question est dérangeante, pour celles et ceux qui adoptent une position de pouvoir collectif. On sait ce que des Athéniens imposèrent à cette cité : au-delà de cette prétention même, un procès politique à Socrate, un procès avec, en surplomb, la peine de mort. Et Athènes se jugea et se condamna elle-même en condamnant "le meilleur d'entre nous". La pensée philosophique a inauguré la conscience et la démultiplication des questions vitales, nécessaires, fécondes. Depuis, ce questionnement a pris corps dans des champs : les sciences, les médias, les associations. Julian Assange, avec Wikileaks, a exprimé, mondialement, des questions, notamment à l'attention des Etats-Unis, mais pas seulement. Aujourd'hui, il est poursuivi par cet Etat, sous des prétextes, et cette poursuite se trouve elle-même interrogée par des questions légitimes. Une des questions posée par Assange était claire, essentielle : un Etat dispose t-il de droits uniques, spécifiques, exorbitants, comme si le Patriot Act pouvait être considérée comme une loi mondiale ? Julian Assange a posé d'autres questions : un pays, dont on dit qu'il est une démocratie, peut-il avoir une vie civique réelle, cohérente, positive, alors que des citoyens/dirigeants de ce pays accomplissent des crimes dans d'autres pays, en les dissimulant ? La "guerre au terrorisme" peut-elle être elle-même terroriste ? Le procès contre Assange est un prolongement du procès contre Socrate. Le silence de tant et trop d'intellectuels interroge également. 

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